Sommaire
- Où se trouve le piton des Neiges, et pourquoi y monter ?
- Quels itinéraires pour la randonnée du piton des Neiges ?
- Comment monter au piton des Neiges depuis Cilaos ?
- Piton des Neiges en un jour ou en deux jours ?
- Quand faire la randonnée, et à quelle heure partir ?
- Quel niveau faut-il, et quels sont les vrais risques ?
- Que mettre dans son sac pour le piton des Neiges ?
- Quelles règles respecter dans le Parc national ?
- Questions fréquentes
- Sources
La randonnée la plus suivie pour le piton des Neiges part du Bloc, à Cilaos : 15,5 kilomètres aller-retour et 1 743 mètres de dénivelé positif, cotés difficiles par le Parc national de La Réunion. La plupart des marcheurs dorment au gîte de la Caverne Dufour, puis gagnent le sommet, à 3 070 mètres, pour le lever du soleil.
Sur le papier, c’est une randonnée sans passage technique. Un sentier balisé, un refuge à mi-chemin, un sommet arrondi de scories rouges.
Sur place, trois choses surprennent ceux qui ont préparé leur sortie avec une carte postale tropicale en tête : le froid de la nuit à plus de 2 400 mètres, le rideau de nuages qui ferme la vue dès la fin de matinée, et une descente de 1 700 mètres qui use les genoux bien plus que la montée. Ce guide part de là.
Où se trouve le piton des Neiges, et pourquoi y monter ?
Le piton des Neiges occupe le centre de La Réunion. C’est le point culminant de l’île et de tout l’océan Indien : 3 070 mètres selon le Parc national et Île de La Réunion Tourisme, 3 071 mètres dans les topos de la Fédération française de randonnée. Autour de lui s’ouvrent les trois cirques, Cilaos au sud, Salazie au nord-est, Mafate au nord-ouest.
Ce relief est celui d’un très vieux volcan. D’après la fiche du Parc national, il aurait atteint une hauteur de 4 000 mètres avant que l’érosion ne le ramène à sa taille actuelle et ne creuse les cirques. Les remparts qui ferment le cirque de Cilaos dépassent 1 000 mètres de haut. Ce paysage de pitons, de cirques et de remparts est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2010, et le sommet se trouve dans le cœur du Parc national.
Pourquoi y monter ? Pour la vue, d’abord. Par temps clair, vous embrassez les trois cirques d’un seul regard, le massif de la Fournaise à l’est, les villes du littoral et l’océan tout autour. Pour la traversée des milieux, ensuite. En une journée de marche, vous passez d’une forêt semi-sèche à la forêt de montagne humide, que les Réunionnais appellent forêt de bois de couleurs des Hauts, puis aux landes d’altitude, et enfin à un désert minéral.
Et pour le moment du lever du jour, qui explique pourquoi l’immense majorité des randonneurs marchent dans le noir sur la fin de l’ascension. On en reparle plus bas, car c’est aussi ce qui dicte toute l’organisation de la sortie.
Quels itinéraires pour la randonnée du piton des Neiges ?
Tous les chemins vers le sommet passent par le gîte de la Caverne Dufour, sur l’épaule sud du massif. Trois accès y mènent, auxquels s’ajoutent deux grandes randonnées itinérantes qui empruntent le même sentier final.
| Itinéraire | Départ | Ce qu’en disent les sources officielles | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Par Le Bloc (Cilaos) | Le Bloc, sur la route de Bras-Sec, vers 1 380 mètres | 15,5 kilomètres aller-retour, 1 743 mètres de dénivelé positif, 10 heures, difficile (Parc national) | Le plus court et le plus fréquenté ; en un ou deux jours |
| Par la forêt de Bélouve et le Cap Anglais (Salazie) | Gîte de Bélouve, au-dessus d’Hell-Bourg | Itinéraire proposé par la FFRandonnée ; l’étape Le Bloc, Caverne Dufour, Cap Anglais, Bélouve compte 12,5 kilomètres et environ 7 heures (comité de La Réunion) | Marcheurs à l’aise sur sentier humide et racines ; en deux jours |
| Par le Coteau Kerveguen (Plaine des Cafres) | Hauts du Tampon | Tracé du GR R2, qui rejoint le sentier du Bloc à l’intersection du Coteau Kerveguen (Parc national) | Le plus long ; en deux jours au moins |
| GR R1, tour du piton des Neiges | Hell-Bourg (boucle) | Six étapes de 2 heures à 6 heures 30, une cinquantaine à une soixantaine de kilomètres (FFRandonnée) | Itinérance par les trois cirques, sommet en option |
| GR R2, grande traversée de l’île | Saint-Denis vers Saint-Philippe | 134 kilomètres en 9 jours, 7 500 mètres de dénivelé positif (FFRandonnée) | Traversée complète, le sommet en est l’un des temps forts |
Les chiffres varient d’une source à l’autre, parce que certaines comptent depuis le village de Cilaos et d’autres depuis Le Bloc, en aller simple ou en aller-retour. Retenez les ordres de grandeur : un peu plus de 1 000 mètres de montée du Bloc au gîte, puis 600 à 700 mètres du gîte au sommet.
Par Salazie et la forêt de Bélouve
Côté Salazie, on monte d’Hell-Bourg au gîte de Bélouve, une petite étape que le Parc national chiffre à 3 heures aller-retour pour 559 mètres de dénivelé. De Bélouve, le sentier remonte vers le Cap Anglais et la Caverne Mussard avant de rejoindre la Caverne Dufour. La Fédération le cite parmi les randonnées à privilégier par temps humide, en forêt plutôt qu’au pied des remparts. Après la pluie, attendez-vous à un sentier gras, entre racines et marches de terre.
Par la Plaine des Cafres et le Coteau Kerveguen
Côté sud-est, le GR R2 arrive des hauts du Tampon par le Coteau Kerveguen, une longue arête découverte. C’est l’accès le plus long des trois. Il convient aux randonneurs qui enchaînent la traversée de l’île, beaucoup moins à ceux qui cherchent seulement le sommet.
Le sommet au cours d’un tour du piton des Neiges
Le GR R1 fait le tour du massif en six étapes, au départ d’Hell-Bourg. Il traverse le cirque de Cilaos, passe le col du Taïbit, descend à Marla dans le cirque de Mafate, longe la Plaine des Tamarins et franchit le col de Fourche, à 2 009 mètres, une étape qui demande selon la Fédération une certaine condition physique. Le sommet du piton des Neiges s’ajoute en aller-retour depuis la Caverne Dufour. À titre de repère, le comité de randonnée de La Réunion compte 11,5 kilomètres, 928 mètres de montée et 6 heures environ pour l’étape de Marla à Cilaos. Sur ces itinéraires de plusieurs jours, réservez les gîtes à l’avance.
Comment monter au piton des Neiges depuis Cilaos ?
C’est l’itinéraire que choisit la grande majorité des marcheurs, balisé à la fois GR R1 et GR R2. Le départ se fait au lieu-dit Le Bloc, à quelques kilomètres au-dessus du village de Cilaos, sur la route départementale 241 en direction de Bras-Sec.
Rejoindre Le Bloc
En voiture, la route nationale 5 monte de Saint-Louis à Cilaos par ses 400 virages, que le Parc national prend soin de rappeler. Comptez large : ce n’est pas une route sur laquelle on rattrape un retard. Sans voiture, le réseau Alternéo relie la gare routière de Saint-Louis à Cilaos (ligne 60), puis Cilaos à l’arrêt Le Bloc (ligne 63, direction Bras-Sec). Un parking est aménagé au départ du sentier.
Du Bloc à la Caverne Dufour
Le sentier attaque aussitôt le rempart, en lacets serrés. La pente ne faiblit presque pas. Les points de vue sur le cirque, le village et ses îlets donnent un prétexte pour souffler.
Au bout d’une heure environ, la végétation change. La forêt semi-sèche laisse la place à la forêt de bois de couleurs des Hauts, plus fraîche, souvent dans le brouillard, couverte de lichens, de fougères et d’orchidées. À mi-chemin du gîte, l’ONF a réaménagé un petit abri et un point d’eau, celui du Petit Matarum. Mon GR précise qu’il n’est pas relié à un réseau d’eau potable : à partir du Bloc, vous ne trouverez plus d’eau potable avant le refuge.
En haut du rempart, un petit oratoire marque le col de la Vierge. Le Parc national raconte que certains Cilaosiens y remercient la Vierge de leur avoir donné la force de gravir ces 1 200 mètres de dénivelé. Le versant est de l’île s’ouvre alors, avec la forêt de Bébour, Bélouve et, par temps clair, la Fournaise à l’horizon. À l’intersection avec le sentier du Coteau Kerveguen, continuez tout droit : le gîte est en vue.
De la Caverne Dufour au sommet
Au gîte, quittez le GR qui part vers Bélouve et prenez le sentier du piton des Neiges. La dernière montée est aussi raide que la première, mais le décor n’a plus rien à voir. Les arbustes de la famille des bruyères se rabougrissent, puis disparaissent. Il ne reste que des blocs de basalte, des scories et des cendres, dans lesquelles le pied glisse d’un demi-pas en arrière à chaque foulée.
C’est sur cette portion que la chaussure fait la différence. Une semelle à crampons nets, assez rigide pour ne pas se tordre sur les blocs, et une tige qui empêche les graviers d’entrer vous épargnent beaucoup de fatigue, surtout à la descente. Le choix se fait selon votre pied et la charge du sac ; notre rayon chaussures de randonnée rassemble des modèles adaptés à ce terrain volcanique.
Le sentier est jalonné de marques blanches peintes sur la roche. Vous passez près d’antennes, puis vous suivez la trace jusqu’au point culminant. Le retour se fait par le même chemin.
LA MONTÉE DEPUIS LE BLOC, ÉTAPE PAR ÉTAPE
Le Bloc, vers 1 380 mètres
Départ au parking du sentier, sur la route de Bras-Sec. Remplissez vos gourdes : plus d’eau potable avant le gîte.
La forêt du rempart
Lacets serrés et raides, points de vue sur Cilaos. Abri et point d’eau non potable du Petit Matarum à mi-parcours.
Col de la Vierge
Sortie du rempart, marquée par un petit oratoire. Le versant est de l’île apparaît.
Gîte de la Caverne Dufour
Vers 2 400 mètres d’altitude selon Île de La Réunion Tourisme. Nuit sur réservation.
Le sommet, 3 070 mètres
Environ 2 heures de montée minérale depuis le gîte, à suivre aux marques blanches. Retour par le même sentier.
Piton des Neiges en un jour ou en deux jours ?
Les deux se font, et le Parc national donne une recommandation pour chacun. Pour l’aller-retour dans la journée, il conseille un départ de nuit, entre minuit et une heure du matin, pour être au sommet au lever du jour. La Fédération française de randonnée situe plutôt le départ vers 2 heures du matin et prévient que c’est « vraiment très sportif ». Pour une sortie sur deux jours, avec une nuit au gîte ou en bivouac, le Parc conseille au contraire de partir dans la matinée, pour profiter des panoramas avant que le rideau nuageux ne s’installe.
Mon GR découpe ainsi la version en deux jours : 5 heures 30 de marche le premier jour, du village de Cilaos au refuge, puis 7 heures 30 le second, du refuge au sommet et retour à Cilaos. La seconde journée est donc la plus longue, et elle commence de nuit.
En un jour
Départ du Bloc entre minuit et 2 heures, environ 10 heures de marche, 1 743 mètres de montée puis de descente. Pour marcheurs entraînés, qui connaissent la marche de nuit.
Deux jours, nuit au gîte
Montée en matinée jusqu’à la Caverne Dufour, nuit au refuge, sommet au lever du soleil, descente le matin. La formule la plus répandue, à réserver tôt.
Deux jours, en bivouac
Même rythme, tente montée avant le coucher du soleil et démontée le matin, hors des falaises du piton. Plus de poids à porter, plus de froid à gérer.
La formule en deux jours a un avantage moins connu que le confort : elle vous fait dormir vers 2 400 mètres avant de monter au-dessus de 3 000 mètres. Vous arrivez au sommet reposé, au lieu d’y arriver après plus de 1 700 mètres de montée nocturne. Elle coupe aussi la descente en deux morceaux, ce que vos genoux apprécient.
La version à la journée se défend si vous êtes bien entraîné, si le gîte est complet et si la météo est franchement stable. Elle demande de savoir marcher plusieurs heures à la frontale sur sentier raide, puis de redescendre 1 700 mètres avec la fatigue de la nuit. Si vous hésitez, choisissez deux jours.
Réserver le gîte de la Caverne Dufour
Le Parc national le rappelle sur sa fiche : on peut passer la nuit au gîte, mais il faut réserver. Le refuge, appelé aussi refuge du Piton des Neiges, se réserve par la centrale d’Île de La Réunion Tourisme. Réservez dès que vos dates sont fixées : sans réservation, pas de lit. Le nom vient d’une grotte naturelle voisine, qui servait d’abri aux premiers explorateurs contre le vent, le froid et la pluie. Le naturaliste Bory de Saint-Vincent l’a nommée d’après son mécène, un certain M. Dufour.
Renseignez-vous au moment de réserver sur les repas et le couchage proposés, et emportez un drap de sac, utile dans tout refuge. Le gîte n’a rien d’un hôtel : la nuit y est courte, le réveil tombe vers 3 ou 4 heures du matin pour ceux qui visent le lever du soleil.
Quand faire la randonnée, et à quelle heure partir ?
L’année réunionnaise se divise en deux grandes saisons, rappelle Île de La Réunion Tourisme : une saison chaude et humide de novembre à avril, l’été austral, et une saison plus sèche et plus fraîche de mai à octobre, l’hiver austral. Les intersaisons d’avril-mai et d’octobre-novembre sont souvent les plus agréables.
| Période | Au sommet et sur le sentier | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Mai à octobre (hiver austral) | Ciel plus souvent dégagé le matin, nuits froides, givre et gelées fréquentes en altitude | Saison la plus prisée ; prévoyez des vêtements d’hiver pour le sommet |
| Novembre à avril (été austral) | Plus chaud, plus humide, nuages et pluies plus fréquents | Saison des cyclones ; la FFRandonnée signale de janvier à mars des pluies torrentielles, des crues et des éboulements |
| Avril-mai, octobre-novembre | Températures plus douces, pluies moins fréquentes | Bon compromis, mais la nuit reste froide au-dessus de 2 400 mètres |
Le lever du soleil, et le rideau de nuages
Dans la journée, les nuages s’accrochent aux reliefs. Île de La Réunion Tourisme le dit simplement : pour profiter des points de vue avec un ciel dégagé, mieux vaut partir tôt. Au piton des Neiges, cela veut dire être au sommet entre l’aube et le milieu de la matinée. Passé ce créneau, vous avez de bonnes chances de marcher dans la ouate, sans rien voir des cirques.
L’heure du lever de soleil varie d’une heure et demie au fil de l’année. Elle se situe vers 5 heures 30 au solstice de décembre et vers 7 heures au solstice de juin, d’après Île de La Réunion Tourisme. Depuis le gîte, il faut compter environ 2 heures de montée : en décembre, le réveil sonne vers 3 heures ; en juin, vers 4 heures 30. Ajoutez une marge pour le froid, les pauses et la file des frontales sur le sentier.
Le coucher du soleil arrive tôt, lui aussi : vers 19 heures en été et vers 18 heures en hiver, selon la même source. Si vous montez au gîte l’après-midi, partez assez tôt pour ne pas finir le rempart dans le noir.
Cyclones et sentiers fermés
Pendant la saison chaude, un épisode cyclonique peut fermer les sentiers plusieurs jours. Les fermetures relèvent de l’ONF et d’arrêtés préfectoraux. La Fédération française de randonnée donne deux réflexes, à appliquer avant chaque sortie à La Réunion : vérifier que le sentier est ouvert, sur le site de l’ONF, et vérifier la météo. En vigilance ou en alerte cyclonique, la question ne se pose pas : on ne monte pas.
Quel niveau faut-il, et quels sont les vrais risques ?
Le Parc national classe l’aller-retour depuis Le Bloc en difficile, et Île de La Réunion Tourisme le réserve aux « bons marcheurs ». Concrètement, vous devez être capable d’enchaîner plus de 1 700 mètres de montée et autant de descente, sur sentier raide et parfois rocailleux, en portant de l’eau et des vêtements chauds. Si vous n’avez jamais fait plus de 1 000 mètres de dénivelé dans une journée, montez d’abord quelques sommets plus modestes. Notre article sur la préparation physique à la randonnée propose une progression sur plusieurs semaines.
Les accidents graves y restent rares, mais La Réunion n’est pas un terrain anodin. La Fédération française de randonnée rapporte environ 800 interventions de secours par an sur les sites les plus accidentogènes de l’île, comme le cirque de Mafate, le volcan ou Grand Bassin. Elle donne aussi un ordre de grandeur parlant : il faut 45 minutes aux secours pour intervenir sur le volcan par beau temps, et près de trois heures par mauvais temps, quand l’hélicoptère ne passe plus.
Débutant : par où commencer avant le piton des Neiges ?
Le piton des Neiges n’a pas de version facile. Si vous débutez, mieux vaut monter en puissance sur les sentiers du même massif, que le Parc national décrit sur son portail Rando Tec-Tec. La montée d’Hell-Bourg au gîte de Bélouve fait 6 kilomètres aller-retour pour 559 mètres de dénivelé, en 3 heures, cotée peu difficile. Depuis le gîte de Bélouve, le sentier du Trou de Fer, 9,2 kilomètres aller-retour et 276 mètres de dénivelé en 3 heures 30, est classé facile et mène à un belvédère sur l’un des gouffres les plus photographiés de l’île.
Si ces sorties vous paraissent faciles, tentez une journée au-delà de 1 000 mètres de montée. Si elle se passe bien, le sommet en deux jours, avec la nuit au gîte, devient raisonnable. La version d’une traite, de nuit, attendra une seconde visite.
La descente, plus piégeuse que la montée
La montée essouffle ; la descente blesse. Une étude autrichienne a passé en revue 5 368 accidents de randonnée dus à une chute dans les Alpes autrichiennes entre 2006 et 2014. Dans 75,3 % des cas, le randonneur est tombé en descendant, et dans 80,9 % des cas sur un sentier balisé ou un petit chemin. Les auteurs recommandent une évaluation honnête de ses capacités et une sortie bien planifiée.
Sur le piton des Neiges, la descente cumule tous les facteurs : 1 700 mètres d’un coup, des scories qui roulent sous la semelle, des marches de rocher dans le rempart, et souvent la fatigue d’une nuit courte. Les bâtons aident. Dans une étude sur 8 marcheurs descendant une rampe inclinée à 25 degrés, les bâtons ont réduit de 12 à 25 % les forces exercées sur le genou. Encore faut-il les régler plus longs pour descendre : nous détaillons la méthode dans notre guide pour régler et utiliser ses bâtons de randonnée.
Le mal aigu des montagnes, à 3 070 mètres
On n’y pense pas sur une île tropicale, et le Parc national le signale pourtant au sommet : « le mal aigu des montagnes peut en surprendre plus d’un ». Une étude suisse donne la mesure du phénomène à une altitude comparable.
MAL AIGU DES MONTAGNES SELON L’ALTITUDE DU REFUGE (466 ALPINISTES)
À 3 050 mètres, environ un alpiniste sur huit présentait un mal aigu des montagnes. Les symptômes les plus fréquents étaient l’insomnie, le mal de tête et des gonflements. Au piton des Neiges, vous ne restez que peu de temps au-dessus de 3 000 mètres, et vous dormez plus bas, ce qui limite le risque. Mais un mal de tête au réveil au gîte, après une montée rapide, n’a rien d’étonnant. Les auteurs donnent la règle qui compte : un mal de tête sévère, des vomissements ou des vertiges imposent de redescendre aussitôt. Si les symptômes persistent après la descente, consultez.
Le froid, le brouillard et la nuit
Le Parc national l’écrit sans détour : au sommet, « le froid domine ». Il n’est pas rare d’y voir du givre et de fines aiguilles de glace soulever la pellicule du sol. La neige reste rare mais existe : début août 2003, le sommet est resté blanc trois jours, et le phénomène s’est répété avec moins d’intensité en octobre 2006, rapporte Île de La Réunion Tourisme. Mon GR prévient de « températures très froides et gelées fréquentes en hiver ».
Ajoutez le vent, l’attente immobile du lever du soleil et des vêtements humides de transpiration après la montée : c’est là qu’on se refroidit. Le brouillard, lui, peut tomber en quelques minutes. Dans la zone minérale, les marques blanches deviennent alors votre seul repère. Si vous perdez la trace, arrêtez-vous et revenez à la dernière marque plutôt que de couper.
En cas d’accident, composez le 112, ou le 17 pour la gendarmerie, dont le peloton de gendarmerie de haute montagne assure les secours en montagne à La Réunion. Restez groupés : la Fédération rappelle de ne pas se séparer sur les sentiers.
Les erreurs qui gâchent l’ascension
La plupart des sorties ratées au piton des Neiges le sont pour des raisons banales. La première est l’horaire : partir du gîte trop tard, c’est arriver au sommet dans les nuages, après une nuit courte, sans rien voir. La deuxième est le froid : beaucoup montent avec une simple veste de pluie et grelottent une heure en attendant l’aube. La troisième est l’eau, oubliée au Bloc parce qu’on compte sur le point d’eau du Petit Matarum, qui n’est pas potable.
Viennent ensuite les erreurs de descente. On redescend trop vite, galvanisé par le lever du soleil, et les cuisses lâchent dans le rempart. On coupe les lacets du sentier pour gagner quelques minutes, ce qui abîme le sol et fait rouler des pierres sur ceux qui sont en dessous. Enfin, on oublie que la journée ne s’arrête pas au parking : la route de Cilaos, avec ses virages, se conduit mieux reposé. Prévoyez une pause avant de reprendre le volant.
Que mettre dans son sac pour le piton des Neiges ?
Le paradoxe du piton des Neiges tient en une ligne : vous partez en tee-shirt d’un cirque tropical, et vous arrivez au sommet dans des conditions d’hiver en montagne. Le sac doit couvrir les deux.
Pour le froid du sommet
Raisonnez en couches, comme en montagne l’hiver : un sous-vêtement qui sèche vite, une polaire, une couche isolante, et une veste coupe-vent et imperméable par-dessus. La couche isolante est celle qu’on sous-estime. Pendant l’attente du lever du soleil, immobile au vent, une doudoune de randonnée légère, compressible, change la matinée. Ajoutez un bonnet, des gants et une paire de chaussettes sèches pour le sommet. Pour le principe des trois couches, voyez notre guide pour s’habiller en randonnée.
Pour la nuit et le terrain
Une lampe frontale par personne, avec des piles ou une batterie de rechange : la montée finale se fait dans le noir, et une frontale qui faiblit à mi-chemin vous laisse dépendre de celle des autres. Des bâtons pour la descente. Des chaussures déjà rodées, que vous avez portées sur plusieurs sorties avant le voyage.
Pour l’eau et la nourriture
Remplissez toutes vos gourdes avant de quitter Le Bloc : le point d’eau du Petit Matarum n’est pas potable, et vous ne trouverez plus d’eau potable avant le refuge. Prévoyez de quoi manger à chaque pause, et un en-cas facile à attraper pour la montée nocturne, quand on n’a pas faim mais qu’on en a besoin. Pour répartir le poids et ne rien oublier, servez-vous de notre méthode pour faire son sac de randonnée.
Le reste tient dans une petite pochette : crème solaire et lunettes, car le rayonnement est fort en altitude dès que le soleil est levé, couverture de survie, petite trousse de secours avec de quoi soigner une ampoule, téléphone chargé, et un sac pour redescendre tous vos déchets.
Quelles règles respecter dans le Parc national ?
Le sommet et la plus grande partie de l’itinéraire se trouvent dans le cœur du Parc national de La Réunion. La réglementation y est plus stricte qu’ailleurs, mais elle reste simple pour un randonneur.
Le bivouac est autorisé dans le cœur du parc, sauf dans quelques secteurs : la forêt de Mare Longue, Grand Bassin, la Rivière des Remparts, et les falaises du piton des Neiges et du Grand Bénare. Les tentes et les hamacs doivent être montés avant le coucher du soleil et démontés dans la matinée. Le feu de camp est interdit ; le réchaud est permis, comme les places à feu maçonnées. Les groupes électrogènes sont interdits.
Les déchets redescendent avec vous, tous, même les épluchures. Le Parc explique pourquoi : les déchets biodégradables attirent les rats, qui menacent les oiseaux et les plantes de l’île. Au piton des Neiges, l’enjeu a un nom. Le pétrel de Barau, oiseau marin qui ne niche nulle part ailleurs que sur les plus hauts sommets de La Réunion, revient chaque année de septembre à avril pour se reproduire. L’espèce est classée en danger d’extinction par l’UICN, et les rats et les chats attirés par les déchets humains font partie de ses prédateurs.
Les chiens sont admis, en laisse dans le massif de la Roche Écrite. Restez sur le sentier, ne cueillez rien, et gardez le calme autour du gîte et du sommet, où beaucoup de monde attend le même lever de soleil que vous.
Questions fréquentes
Le piton des Neiges est-il un volcan actif ?
Non. Le Parc national de La Réunion le décrit comme un volcan endormi depuis 12 000 ans ; des chercheurs de l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise parlent d’environ 27 000 ans d’inactivité. Les petits séismes enregistrés sous le massif viendraient de contraintes tectoniques régionales. Le volcan actif de l’île est le piton de la Fournaise, au sud-est.
Faut-il un guide pour monter au piton des Neiges ?
Non, le sentier depuis Le Bloc est balisé (GR R1 et GR R2) et se fait sans guide. Île de La Réunion Tourisme suggère toutefois de faire appel à un accompagnateur en montagne. C’est un bon choix si vous découvrez la montagne, si vous n’avez jamais marché de nuit ou si la météo est incertaine.
Peut-on voir l’île Maurice depuis le sommet du piton des Neiges ?
Oui, parfois. Selon le Parc national, l’île Maurice se devine par temps clair ou de nuit, grâce à ses lumières. Le plus souvent, vous verrez surtout les trois cirques, Cilaos, Salazie et Mafate, le massif de la Fournaise et une mer de nuages, qui monte vite après le lever du jour.
Quelle différence entre le piton des Neiges et le piton de la Fournaise ?
Le piton des Neiges est le plus vieux et le plus haut volcan de l’île, endormi, érodé en cirques et en remparts. Le piton de la Fournaise, au sud-est, est l’un des volcans les plus actifs du monde. Le premier se gravit en une longue montée de plus de 1 700 mètres ; le second se visite depuis le Pas de Bellecombe, quand l’accès à l’enclos est ouvert.
Sources
Maggiorini M, Bühler B, Walter M, Oelz O. Prevalence of acute mountain sickness in the Swiss Alps. BMJ, 1990;301(6756):853-855. doi:10.1136/bmj.301.6756.853
Schwameder H, Roithner R, Müller E, Niessen W, Raschner C. Knee joint forces during downhill walking with hiking poles. Journal of Sports Sciences, 1999;17(12):969-978. doi:10.1080/026404199365362
Faulhaber M, Pocecco E, Niedermeier M et coll. Fall-related accidents among hikers in the Austrian Alps: a 9-year retrospective study. BMJ Open Sport and Exercise Medicine, 2017;3(1):e000304. doi:10.1136/bmjsem-2017-000304
Parc national de La Réunion, fiche Rando Tec-Tec « Sommet du Piton des Neiges » (Cilaos), et réglementation « Bivouac en cœur de Parc national ».
Fédération française de randonnée : Mon GR, « GR R2, le piton des Neiges » ; « GR R1, tour du piton des Neiges » ; « La Réunion, la traversée par le GR R2 » ; « La Réunion : à l’assaut du piton des Neiges » (2018) ; « Conseils pour randonner sur l’île de La Réunion » (2021) ; « Randonner en sécurité à La Réunion ». Comité de la randonnée pédestre de La Réunion, « Piton des Neiges à 360° » (2026).
Île de La Réunion Tourisme, « Randonnée au Piton des Neiges » et « Climat ». Firode L, Ferrazzini V, Duputel Z, Lengliné O (Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, IPGP), communication sur la sismicité du piton des Neiges, 2024.